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En France, c’est comme ça

Marisol Touraine annonce les grandes lignes de sa réforme de l’hôpital en ce moment même. Dans cet entretien au site spécialisé « Décision santé », très technique – je ne comprend pas tout… – elle détaille son plan, qui vise à :

– Redonner un rôle central aux personnels médicaux dans l’administration hospitalière ;

– Réévaluer l’importance de la tarification à l’acte dans le financement des hôpitaux ;

– ET, une grande nouveauté après ces deux mesures consacrées à détricoter l’héritage de la loi Bachelot, créer des comités usagers dans chaque établissement !

J’ajoute que la rénovation de la démocratie à l’hôpital repose sur le renforcement de la démocratie professionnelle, mais aussi de la démocratie sociale et sanitaire, par l’accroissement du rôle des patients. La création d’un comité technique des usagers est une réponse pour moi essentielle à cette exigence.

via Décision Santé: Marisol Touraine : je lance l’acte 3 de la tarification à l’hôpital.

Intéressant n’est-ce pas ?

Un billet sous forme de revue de presse pour parler de tout ce qui fera ce blog. D’abord, la relation entre les soignants et leurs patients. Elles évoluent, notamment grâce au web et de plus en plus de patients refusent de se soumettre à l’autorité absolue du corps médical. Bonne ou mauvaise chose?

Ensuite, les médicaments et la fameuse balance bénéfice-risque, sur laquelle pèsent aussi les lobbys pharmaceutiques et les humeurs médiatico-politiques. Pour revenir aux patient(e)s. Tout ce qui concerne la santé reproductive me fascine. On touche aux croyances les plus intimes, à la vie, à la mort, à la morale et à la politique.

Patients (1) : des clients comme les autres ? Les femmes qui se font prescrire la pilule sont-elles des patientes comme les autres ? J’aime beaucoup cette question. La réponse qu’y donne B., blogueur apprenti-médecin, est originale. Les commentaires à la suite du billet sont également édifiants.

En bref, selon lui, les patientes qui consultent pour se faire prescrire la pilule ne sont pas malades. Elles sont donc plus des clientes que des patientes. S’ensuit une discussion sur la nécessité de faire acte d’autorité devant certains patients ou pas, une digression sur le paternalisme et les femmes, des nuances, des points de vue radicaux. Ce n’est pas très long : allez donc voir…

Clientélisme, autoritarisme, on se croirait en train de décrire le régime politique de l’Ouzbékistan, n’est-ce pas ?

Des petits enfants ouzbeks causent tout sauf clientélisme sous l’oeil attendri de Lola Karimova, fille du potentat local, le président Islam Karimov. (Source: lolakarimova.com)

Fascinant : Amphétamine et hyperactivité, le duel toxique ? Relevé par mon collègue radio-canadien Etienne Leblanc, sur le trouble du déficit d’attention / hyperactivité, maladie controversée, hautement médicalisée en Amérique du Nord. Il y a dans cette enquête du New York Times tous les éléments qui reviennent avec insistance dans les scandales sanitaires récents (je pense au Mediator, à la pilule…).

Comment sortir de cet engrenage familier :

maladie aux contours flous > médicaments aux services rendus douteux, et aux effets secondaires établis > marketing efficace des compagnies pharmaceutiques > médecins (trop) prompts à prescrire.

Et c’est parti. Ça vous fait penser à quelque chose?

Le New York Times raconte donc l’histoire tragique d’un jeune homme ambitieux qui aurait prétendu avoir du mal à se concentrer pour se faire diagnostiquer TADH et se faire prescrire des amphétamines (l’un des traitements les plus prescrits aujourd’hui, en Amérique du Nord du moins). Parce que les amphétamines, c’est connu, ça aide à étudier. Sur les campus, apprend-on, le trafic d’amphétamines est un business juteux.

Richard Fee n’a pas acheté à des dealers. Il a persuadé des médecins de lui en prescrire, à des doses toujours plus élevées pendant un an et demi. En proie à des symptômes psychotiques et à toute une liste d’effets secondaires délétères, il s’est pendu à 24 ans. Ses parents vont se battre pour que ce qui est arrivé à leur fils ne se reproduise pas. Mais l’article se clôt sur l’avis d’un médecin (sponsorisé par un labo pharmaceutique) : les effets secondaires de ce médicament sont minimes, par rapport au service rendu. Au suivant! Read More

Je viens de boucler un papier sur la pilule qui sortira dans le magazine Causette du mois de février… Ce n’est pas tant une enquête qu’un état des lieux pour les femmes qui se sentent larguées. Quelques éléments m’ont frappée pendant mes recherches. Je les expose ici, peut-être aurez-vous des idées sur les pistes à suivre pour m’aider à les éclaircir…

1. Cette histoire de pilule est éminemment politique. Parce que nouveau gouvernement, parce que Mediator, parce que comme dans tout métier il y a des luttes de pouvoir entre médecins. Certains, pointés du doigt

Plus dangereuses, les pilules de 3e et 4e génération ? C'est ce qu'on nous dit... et il y a des raisons de le croire.

C’est ce qu’on nous dit… et il y a des raisons de le croire.

accusent la ministre de la Santé de gouverner au « doigt mouillé dans le vent, en faisant des valses hésitations constantes et en réfléchissant à haute voix devant les micros ouverts ». C’est aussi ça la santé publique.

2. L‘IVG est un élément du débat : éviter que les jeunes filles aient recours à l’avortement par tous les moyens, c’est « le paradigme des prescripteurs » que dénonce la mère de Marion Larat, la jeune fille dont la plainte a déclenché le scandale médiatique.

Autrement dit, accepteriez-vous que votre fille prenne une substance qui augmente son risque d’embolies pour lui éviter de tomber enceinte ? Accepteriez-vous de prendre la pilule si vous saviez que vous courez un risque équivalent à 0,07% (chiffres donnés par certaines études pour les pilules les plus récentes) plutôt que 0,02% (pour les pilules développées dans les années 70)?

Je comprends que la plupart des médecins ne posent pas la question à leurs patientes. A quoi bon les effrayer pour des chiffres aussi bas… Mais il y a quelque chose qui cloche dans ce raisonnement.

Suivez-moi dans ce parallèle : Il y a des gens qui ont peur de prendre l’avion alors qu’il savent pertinemment que le risque d’un accident est d’un sur un million, voire inférieur. Et quelquefois, ces gens choisissent de ne pas prendre l’avion. Et ils ne voient pas leur famille qui vit loin. Ou bien ils mettent un frein à leur carrière pour éviter de se confronter à cette peur. Et c’est absurde, mais c’est ainsi.

S’il y a des femmes, y compris des mineures, qui préfèrent – au bout d’une discussion informative et bien menée avec un professionnel de santé – bouder la pilule, elles en ont parfaitement le droit. Le risque, qu’elles ont le droit de prendre, est celui d’une grossesse non désirée, pas celui d’attraper une maladie mortelle.

Bref, ces choix appartiennent aux femmes, aussi.

3. Enfin… Il est difficile d’écrire sur ces histoires de médicaments pour une raison cruciale : les études épidémiologiques sont, par défaut, soupçonnées de biais méthodologiques. Lorsqu’on ouvre les dossiers de patientes, pour comparer celles qui prennent une pilule ou une autre, les groupes sont déjà constitués, ils ne doivent rien au hasard. Comment s’assurer que le groupe A est plus souvent malade parce qu’il a pris le médicament X ? N’est-ce pas parce que le groupe B était en meilleure santé au départ ?

Pas de certitudes donc, que des pistes, des résultats qui se répètent. Ce qui me mène à mon dernier point :

4. Les dossiers médicaux des jeunes femmes qui portent plainte avec l’aide de Me Jean-Christophe Coubris n’ont pas encore été examinés par des experts désignés par la justice (loin s’en faut, cette affaire durera quelques années). L’ANSM promet de faire une étude rétrospective pour tenter de faire la lumière sur le véritable bilan sanitaire de la pilule. Serait-il possible de garder la tête froide et d’attendre un peu avant d’agir? Après tout, ça ne fait que 20 ans qu’on soupçonne ces pilules de méfaits…

Sur une note perso, je ne suis pas sûre de reprendre un jour la pilule. Mais c’est une question dont je dois encore parler avec mon médecin…

Quelles rebelles ces Françaises ! On leur serine depuis au moins dix ans que l’allaitement est le meilleur mode d’alimentation pour leurs enfants et pourtant près de la moitié d’entre elles n’allaitent pas leur bébé d’un mois !

Pourtant l’allaitement est ZE mode d’alimentation des nourrissons et des bébés. Les autorités médicales françaises, les revues spécialisées, les institutions internationales recommandent presque toutes un allaitement au sein exclusif pendant les 6 premiers mois de vie du bébé. Les avantages sont multiples, nous disent de nombreuses études : moins d’allergies, moins d’infections gastro-intestinales, moins d’obésité à l’âge adulte…

Alors pourquoi les femmes françaises, ne s’y mettent-elles pas toutes avec enthousiasme?

Les études que j’ai pu lire sur la question – basées sur des entretiens avec de jeunes mères – disent plusieurs choses…

1. Cachez-moi ce sein : la pudeur. On n’a plus l’habitude de voir des femmes toutes dépoitraillées dans les lieux publiques ou même dans notre salon. C’est donc gênant d’être la femme au sein à l’air.

2. La femme mammifère. L’allaitement peut repousser en ce qu’il renvoie à l’animal (la fameuse mère chimpanzé d’Elisabeth Badinter).

3. Le sexe. Comment rester sexy en allaitant, ou au contraire, comment éviter les regards lubriques quand on doit sortir ses nichons inopinément devant les gens ? Certaines femmes préféreraient éviter de se poser la question…

4. Des difficultés, un manque de soutien ou d’information. Chez d’autres, les difficultés quotidiennes (mastites, engorgement, fatigue), couplées ou non à une absence de soutien médical ou…

5. L’organisation du foyer. La difficulté à gérer les enfants plus grands avec un petit qui réclame souvent, l’envie de partager les tâches avec le papa peuvent venir à bout de la détermination maternelle!

6. Enfin, on peut se dire – au vu de la littérature ou de son expérience personnelle – que les enfants grandissent très bien au biberon et que zut, on a tant de choses à apprendre lorsqu’on devient parent qu’on va s’en épargner une. Ce serait le cas des femmes qui ont souvent côtoyé des bébés dans leur vie et ont constaté qu’ils se portaient très bien quand il y avait absence de lait de maman dans leur vie.

Et vous? On lit beaucoup, de part le web, des témoignages des femmes déterminées à allaiter, ou d’allaitantes au long cours. Il me semble pourtant que la femme qui n’allaite pas est plus absente de la webosphère. La sociologue Séverine Gojard m’a raconté qu’elle avait été frappée des réactions extrêmement agacées de femmes qui n’avaient pas allaité, sur le mode « lâchez-nous avec votre allaitement! ». Surtout de la part de femmes CSP+ dont l’entourage était très favorable à l’allaitement.

Dites-moi, c’est vraiment si dur à assumer de ne pas allaiter? Avez-vous choisi de ne pas allaiter ou bien avez-vous manqué de soutien au moment crucial? Avec le recul, feriez-vous les choses différemment aujourd’hui?

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