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Santé des femmes

Vous me trouverez désormais ici, tout près, à l’adresse marianneniosi.wordpress.com!

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Avec le Web, les rapports hiérarchiques fondés sur le seul titre prennent du plomb dans l’aile. Ce doit être assez affolant pour le professionnel qui avait l’habitude de se faire traiter de « docteur » avec déférence. Mais les médecins ne sont pas les seuls à voir leur expertise remise en cause. 

Doctor I disagreeSans aucun rapport avec la santé, mais tout même un peu, vous le verrez. La police lyonnaise a vu ses efforts pour écrouer un violeur sérieusement perturbés par la diffusion de rumeurs sur les réseaux sociaux.

En bref, confrontés à un violeur en série, la police lyonnaise ont préféré jouer la discrétion pour que le gredin continue à sévir. Ils se réservent ainsi une chance de l’attraper en plein délit.

Hors, l’affaire s’est ébruitée. Face à un climat de psychose alimentée par les rumeurs les plus folles circulant sur les réseaux sociaux, les autorités universitaires ont décidé de mettre en garde la communauté estudiantine via un mail (3 des victimes étaient étudiantes).

Sabotage!, ont alors protesté les enquêteurs. Indignation pour indignation, un universitaire répond : « Prendre une étudiante et l’attacher comme une chèvre au piquet, c’est limite. »

Voici donc que le web empêche les experts de décider seuls des risques que la population peut encourir au nom du « bien public ».

Ca me rappelle quelque chose…

Lire ici : A Lyon, une enquête sur une série de viols perturbée par les réseaux sociaux.

Un billet sous forme de revue de presse pour parler de tout ce qui fera ce blog. D’abord, la relation entre les soignants et leurs patients. Elles évoluent, notamment grâce au web et de plus en plus de patients refusent de se soumettre à l’autorité absolue du corps médical. Bonne ou mauvaise chose?

Ensuite, les médicaments et la fameuse balance bénéfice-risque, sur laquelle pèsent aussi les lobbys pharmaceutiques et les humeurs médiatico-politiques. Pour revenir aux patient(e)s. Tout ce qui concerne la santé reproductive me fascine. On touche aux croyances les plus intimes, à la vie, à la mort, à la morale et à la politique.

Patients (1) : des clients comme les autres ? Les femmes qui se font prescrire la pilule sont-elles des patientes comme les autres ? J’aime beaucoup cette question. La réponse qu’y donne B., blogueur apprenti-médecin, est originale. Les commentaires à la suite du billet sont également édifiants.

En bref, selon lui, les patientes qui consultent pour se faire prescrire la pilule ne sont pas malades. Elles sont donc plus des clientes que des patientes. S’ensuit une discussion sur la nécessité de faire acte d’autorité devant certains patients ou pas, une digression sur le paternalisme et les femmes, des nuances, des points de vue radicaux. Ce n’est pas très long : allez donc voir…

Clientélisme, autoritarisme, on se croirait en train de décrire le régime politique de l’Ouzbékistan, n’est-ce pas ?

Des petits enfants ouzbeks causent tout sauf clientélisme sous l’oeil attendri de Lola Karimova, fille du potentat local, le président Islam Karimov. (Source: lolakarimova.com)

Fascinant : Amphétamine et hyperactivité, le duel toxique ? Relevé par mon collègue radio-canadien Etienne Leblanc, sur le trouble du déficit d’attention / hyperactivité, maladie controversée, hautement médicalisée en Amérique du Nord. Il y a dans cette enquête du New York Times tous les éléments qui reviennent avec insistance dans les scandales sanitaires récents (je pense au Mediator, à la pilule…).

Comment sortir de cet engrenage familier :

maladie aux contours flous > médicaments aux services rendus douteux, et aux effets secondaires établis > marketing efficace des compagnies pharmaceutiques > médecins (trop) prompts à prescrire.

Et c’est parti. Ça vous fait penser à quelque chose?

Le New York Times raconte donc l’histoire tragique d’un jeune homme ambitieux qui aurait prétendu avoir du mal à se concentrer pour se faire diagnostiquer TADH et se faire prescrire des amphétamines (l’un des traitements les plus prescrits aujourd’hui, en Amérique du Nord du moins). Parce que les amphétamines, c’est connu, ça aide à étudier. Sur les campus, apprend-on, le trafic d’amphétamines est un business juteux.

Richard Fee n’a pas acheté à des dealers. Il a persuadé des médecins de lui en prescrire, à des doses toujours plus élevées pendant un an et demi. En proie à des symptômes psychotiques et à toute une liste d’effets secondaires délétères, il s’est pendu à 24 ans. Ses parents vont se battre pour que ce qui est arrivé à leur fils ne se reproduise pas. Mais l’article se clôt sur l’avis d’un médecin (sponsorisé par un labo pharmaceutique) : les effets secondaires de ce médicament sont minimes, par rapport au service rendu. Au suivant! Read More

Je viens de boucler un papier sur la pilule qui sortira dans le magazine Causette du mois de février… Ce n’est pas tant une enquête qu’un état des lieux pour les femmes qui se sentent larguées. Quelques éléments m’ont frappée pendant mes recherches. Je les expose ici, peut-être aurez-vous des idées sur les pistes à suivre pour m’aider à les éclaircir…

1. Cette histoire de pilule est éminemment politique. Parce que nouveau gouvernement, parce que Mediator, parce que comme dans tout métier il y a des luttes de pouvoir entre médecins. Certains, pointés du doigt

Plus dangereuses, les pilules de 3e et 4e génération ? C'est ce qu'on nous dit... et il y a des raisons de le croire.

C’est ce qu’on nous dit… et il y a des raisons de le croire.

accusent la ministre de la Santé de gouverner au « doigt mouillé dans le vent, en faisant des valses hésitations constantes et en réfléchissant à haute voix devant les micros ouverts ». C’est aussi ça la santé publique.

2. L‘IVG est un élément du débat : éviter que les jeunes filles aient recours à l’avortement par tous les moyens, c’est « le paradigme des prescripteurs » que dénonce la mère de Marion Larat, la jeune fille dont la plainte a déclenché le scandale médiatique.

Autrement dit, accepteriez-vous que votre fille prenne une substance qui augmente son risque d’embolies pour lui éviter de tomber enceinte ? Accepteriez-vous de prendre la pilule si vous saviez que vous courez un risque équivalent à 0,07% (chiffres donnés par certaines études pour les pilules les plus récentes) plutôt que 0,02% (pour les pilules développées dans les années 70)?

Je comprends que la plupart des médecins ne posent pas la question à leurs patientes. A quoi bon les effrayer pour des chiffres aussi bas… Mais il y a quelque chose qui cloche dans ce raisonnement.

Suivez-moi dans ce parallèle : Il y a des gens qui ont peur de prendre l’avion alors qu’il savent pertinemment que le risque d’un accident est d’un sur un million, voire inférieur. Et quelquefois, ces gens choisissent de ne pas prendre l’avion. Et ils ne voient pas leur famille qui vit loin. Ou bien ils mettent un frein à leur carrière pour éviter de se confronter à cette peur. Et c’est absurde, mais c’est ainsi.

S’il y a des femmes, y compris des mineures, qui préfèrent – au bout d’une discussion informative et bien menée avec un professionnel de santé – bouder la pilule, elles en ont parfaitement le droit. Le risque, qu’elles ont le droit de prendre, est celui d’une grossesse non désirée, pas celui d’attraper une maladie mortelle.

Bref, ces choix appartiennent aux femmes, aussi.

3. Enfin… Il est difficile d’écrire sur ces histoires de médicaments pour une raison cruciale : les études épidémiologiques sont, par défaut, soupçonnées de biais méthodologiques. Lorsqu’on ouvre les dossiers de patientes, pour comparer celles qui prennent une pilule ou une autre, les groupes sont déjà constitués, ils ne doivent rien au hasard. Comment s’assurer que le groupe A est plus souvent malade parce qu’il a pris le médicament X ? N’est-ce pas parce que le groupe B était en meilleure santé au départ ?

Pas de certitudes donc, que des pistes, des résultats qui se répètent. Ce qui me mène à mon dernier point :

4. Les dossiers médicaux des jeunes femmes qui portent plainte avec l’aide de Me Jean-Christophe Coubris n’ont pas encore été examinés par des experts désignés par la justice (loin s’en faut, cette affaire durera quelques années). L’ANSM promet de faire une étude rétrospective pour tenter de faire la lumière sur le véritable bilan sanitaire de la pilule. Serait-il possible de garder la tête froide et d’attendre un peu avant d’agir? Après tout, ça ne fait que 20 ans qu’on soupçonne ces pilules de méfaits…

Sur une note perso, je ne suis pas sûre de reprendre un jour la pilule. Mais c’est une question dont je dois encore parler avec mon médecin…

Je vous parlais d’avortement aux US en novembre. C’était pendant la campagne à la présidentielle. Obama et Romney s’écharpaient au sujet des droits reproductifs des femmes. Moment surréaliste sans doute dû au fait qu’ils avaient écoulé tout ce qu’il y avait à dire sur la crise économique ! Voici que le magazine américain Time en fait sa Une…

La campagne américaine à la présidentielle a relancé le débat sur le droit à l'avortement aux États-Unis.

La campagne américaine à la présidentielle a relancé le débat sur le droit à l’avortement aux États-Unis.

J’en profite pour vous faire remarquer que les magazines ‘ricains ont vraiment le chic pour les Unes. Pas de marronniers sur les Francs-Maçons chaque deux semaines ici, ah
ça non !

Qui l’eut crû, dans les derniers miles de leur campagne avant l’élection présidentielle du 6 novembre, Barack Obama et Mitt Romney se tournent vers les femmes, et plus spécifiquement vers le droit à l’avortement, pour tenter d’arracher les voix cruciales de la victoire.

« It’s the economy stupid », a-t-on coutume de dire lorsque les élections approchent et que les politiques se concentrent sur ce qui est censé intéresser vraiment les gens, soit leur portefeuille. Mais dans un pays profondément profondément divisé par ce qu’on a appelé les guerres culturelles, la santé contraceptive des femmes est un sujet tellement plus… sexy, et les femmes un électorat hautement courtisé.

Alors que de plus en plus de femmes semblent séduites par le discours pro-entreprise de Mitt Romney, Barack Obama a crû bon de leur rappeler la position extrême du candidat républicain sur l’avortement.

« J’annulerai le jugement Roe vs Wade », Mitt Romney – Clip de campagne de Barack Obama

Une position fluctuante, mais généralement très à droite du spectre des valeurs américaines : Romney « adorerait signer une loi qui annule le jugement Roe vs Wade » qui a rendu l’avortement légal en 1973. Une position que seuls 20% des Américains partagent. Alors Obama fonce dans le tas. Le 26 octobre, il assurait que « c’est aux femmes de prendre ces décisions, en consultation leur famille, leur clergé. Ce n’est pas aux politiciens de décider à leur place »…

« Enfin! » s’écrient les militants pro-choix qui voient depuis une dizaine d’année le droit à l’avortement reculer sous les coups de boutoirs d’une droite de plus en plus affidée à son aile ultra-conservatrice.

Voici un petit tour d’horizon des obstacles rencontrés par les femmes qui voudraient interrompre une grossesse non désirée, et par les professionnels de santé qui voudraient les accompagner.

– 5 Etats obligent les femmes à subir une échographie avant tout avortement. Elles doivent écouter le coeur du bébé, doivent regarder le foetus sur l’écran et écouter le médecin leur détailler son anatomie… Souvent pratiquées par voie vaginale, ces échographies sont dénoncées comme un « viol d’Etat » par les associations de défense des droits des femmes. Un seul Etat autorise une femme à se passer d’échographie si sa grossesse est le résultat d’un viol. Généreux.

– De nombreux Etats, et des organisations gouvernementales, restreignent fortement la couverture par les assurances de l’avortement. Les femmes militaires, par exemple, même enceintes suite à un viol, ne sont pas couvertes par leur assurance en cas d’avortement. Le coût médian d’un avortement étant de près de 500 dollars, les femmes paient en moyenne à peine 20 dollars de moins. Autant dire que l’assurance est quasi-absente.

– sur 52 Etats, 26 sont considérés comme « hostiles » à l’avortement, selon l’institut Guttmacher qui promeut la santé sexuelle et reproductive. En gros, on y rend la vie très difficile aux médecins qui voudraient pratiquer des IVGs – les normes de construction des cliniques sont durcies, des partenariats avec un hôpital de proximité exigé – et aux femmes, en rendant les avortements plus chers, en imposant des entretiens avec des « conseillers » anti-avortement. Objectif : faire de l’avortement un parcours du combattant.

– Enfin, le Planning américain, Planned Parenthood est la cible d’attaques extrêmement violentes parce qu’elle ferait la promotion de l’avortement. La dernière en date étant l’interdiction faite au Texas à tout organisme recevant des fonds publics de subventionner une clinique du Planning… Alors que ces cliniques sont parmi les seules à proposer des consultations en santé reproductive aux femmes bénéficiaires des minima sociaux.

Ces initiatives, qui se ressemblent énormément d’un Etat à l’autre sont financées par des lobbies  qui établissent des « packages législatifs » à l’usage de tout politique déterminé à faire reculer les droits des femmes dans son Etat. Charmant.

Qu’avez-vous pensé de ce petit tour d’horizon ? Craigniez-vous pour l’accès à l’avortement en France ? Pensez-vous que les femmes pourraient être interpelées par une campagne sur ce sujet en France ?

Pour en savoir plus, lire sur Mediapart l’excellent article de ma collègue Iris Deroeux, qui explique qu’au fond, ce débat n’est pas d’une grande efficacité en termes stratégiques puisque les femmes pro et les femmes anti-avortement savent déjà pour qui elles vont voter.

Ou, si vous lisez l’anglais : l’excellent site du Guttmacher Institute, ou encore le site de l’American Civil Liberties Union.

Quelles rebelles ces Françaises ! On leur serine depuis au moins dix ans que l’allaitement est le meilleur mode d’alimentation pour leurs enfants et pourtant près de la moitié d’entre elles n’allaitent pas leur bébé d’un mois !

Pourtant l’allaitement est ZE mode d’alimentation des nourrissons et des bébés. Les autorités médicales françaises, les revues spécialisées, les institutions internationales recommandent presque toutes un allaitement au sein exclusif pendant les 6 premiers mois de vie du bébé. Les avantages sont multiples, nous disent de nombreuses études : moins d’allergies, moins d’infections gastro-intestinales, moins d’obésité à l’âge adulte…

Alors pourquoi les femmes françaises, ne s’y mettent-elles pas toutes avec enthousiasme?

Les études que j’ai pu lire sur la question – basées sur des entretiens avec de jeunes mères – disent plusieurs choses…

1. Cachez-moi ce sein : la pudeur. On n’a plus l’habitude de voir des femmes toutes dépoitraillées dans les lieux publiques ou même dans notre salon. C’est donc gênant d’être la femme au sein à l’air.

2. La femme mammifère. L’allaitement peut repousser en ce qu’il renvoie à l’animal (la fameuse mère chimpanzé d’Elisabeth Badinter).

3. Le sexe. Comment rester sexy en allaitant, ou au contraire, comment éviter les regards lubriques quand on doit sortir ses nichons inopinément devant les gens ? Certaines femmes préféreraient éviter de se poser la question…

4. Des difficultés, un manque de soutien ou d’information. Chez d’autres, les difficultés quotidiennes (mastites, engorgement, fatigue), couplées ou non à une absence de soutien médical ou…

5. L’organisation du foyer. La difficulté à gérer les enfants plus grands avec un petit qui réclame souvent, l’envie de partager les tâches avec le papa peuvent venir à bout de la détermination maternelle!

6. Enfin, on peut se dire – au vu de la littérature ou de son expérience personnelle – que les enfants grandissent très bien au biberon et que zut, on a tant de choses à apprendre lorsqu’on devient parent qu’on va s’en épargner une. Ce serait le cas des femmes qui ont souvent côtoyé des bébés dans leur vie et ont constaté qu’ils se portaient très bien quand il y avait absence de lait de maman dans leur vie.

Et vous? On lit beaucoup, de part le web, des témoignages des femmes déterminées à allaiter, ou d’allaitantes au long cours. Il me semble pourtant que la femme qui n’allaite pas est plus absente de la webosphère. La sociologue Séverine Gojard m’a raconté qu’elle avait été frappée des réactions extrêmement agacées de femmes qui n’avaient pas allaité, sur le mode « lâchez-nous avec votre allaitement! ». Surtout de la part de femmes CSP+ dont l’entourage était très favorable à l’allaitement.

Dites-moi, c’est vraiment si dur à assumer de ne pas allaiter? Avez-vous choisi de ne pas allaiter ou bien avez-vous manqué de soutien au moment crucial? Avec le recul, feriez-vous les choses différemment aujourd’hui?

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